photographe : Marguerite Herlant

 

 

 

 

résilience

Création soutenue par Culturesfrance et le Centre Chorégraphique National de Montpellier Languedoc Roussillon.

Chorégraphie & danse Annabel GUEREDRAT
Effets sonores BEDECKH
Scénographie Margueritte HERLANT

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La résilience est la propriété physique d'un matériau à retrouver sa forme après avoir été comprimé ou déformé. Celle aussi de la végétation à se régénérer seule après une catastrophe naturelle tel un cyclone.

Ici, je parle de corps en vie, dont j'exploite la charge inconsciente, la capacité à absorber l'alentour pour se régénérer. "Le corps sous la peau est une usine surchauffée, et dehors, le malade brille, il luit, de tous ses pores, éclatés. Ainsi un paysage de Van Gogh à midi." (Artaud). On est un peu face à des flux d'expression, aux remous d'un corps qui se convulse et se débat, comme habité par une énergie trop grande pour lui.

Aussi parce que la soliste n'est jamais seule sur scène, faisant face au public devant lequel il danse, cette situation provoque une tension. Comment il joue sur l'équilibre de cette tension qui diverge à l'intérieur du corps. Dans l'écriture, comment la danseuse peut affirmer sa singularité.

Comment le corps a de l'impact. Il peut interrompre des trajectoires spatiales. Et construire un nouvel espace et le déplacer. Espace au sens de "matière à propulser, à sculpter", à rendre "visible".

C'est sur l'horizontale que se situe le rythme témoin à valeur constante. En fond de scène, un ruban matérialise "la ligne de fuite" par rapport au corps de la danseuse, variant sur plusieurs degrés de verticalité.

"Ligne de fuite", titre de mon 1 er solo en 2004. "les lignes de fuite, elles ont toujours une potentialité, une espèce de puissance, de possibilité de tourner en ligne de destruction, en ligne de désespoir et de destruction. Alors que pour moi en tout cas, c'était des lignes de vie, c'était avant tout là, et sur ces "pointes", sur ces "pointes de fuite" c'était là que se faisait et se créait la vie." Gilles Deleuze

Cette ligne horizontale symbolise le passage du fini à l'infini, du territoire à la déterritorialisation. C'est le lien entre l'avant -et -l'après qui ancre l'ici -et- maintenant de la danse. A la fois une ligne de démarcation et le fil de l'infinitude où tout est à venir. Du moins la présence de cette ligne crée une tension, une "relation au plus lointain", dirigée vers ce qui est ouvert, laissant en même temps la place à l'approfondissement d'un "être auprès de soi".

Le corps dansant crée un plein en périphérie de plateau, vidant ainsi le reste de l'espace sans jamais atteindre le centre, seulement par accident.

Cette danse infantile, d'abord créée dans le silence, est ancrée dans une musicalité intérieure forte. Ce n'est que dans un second temps que j'ai fait appel à Bedeckh pour créer la musique.

La musique, électronique, évolue dans un continuum infini. A partir de sons bruts et complexes, elle évoque la rumeur de la ville. Aussi une sorte de nappe arythmique dont on saisit au loin le trajet, de la tension à la détente. Ces déplacements sonores entrent en résonance avec le déplacement du corps de la danseuse dans l'espace. Percevoir ou « perce-entendre » des liens sonores, une organisation minimale qui se lie au mouvement comme la lumière découpe le ruban en fond de scène.

J'inscris ce solo, danse des solitudes, dans un triptyque : résilience à 1,2,3. Les versions en duo avec Sylvie Klinger et en trio avec Mani Asumani Mungai, mettent les danseurs ensemble comme des créatures vivantes enfermées qui se transforment en pouvoir plastique, s'épanouissent dans des sphères dites serres animales pour en ressortir comme 3 êtres dans le monde humain.