Harmonisation fadeur
C'est un chantier constitué de plusieurs pièces. Sorte de laboratoire de recherches et d'expérimentations sur la fadeur à partir de la pensée et de l'esthétique de la Chine.
Ces pièces ont la particularité de ne pas être figées, d'être de courte durée (entre 10 et 20 minutes), d'être expérimentées en présence d'un public dans des contextes très divers (en plein air, sur un plateau d'une scène nationale, en studio de danse), d'être conçues aussi dans un cadre précis, celui de Transforme à Royaumont avec douze autres chorégraphes depuis juillet 2008.
Harmonisation fadeur # 1
pour une danseuse et deux musiciens
Joué le 16 août 08, dans le cadre de la 1 ère Fenêtre sur cour, Royaumont, à Transforme
Chorégraphie et interprétation danse Annabel GUEREDRAT
Percussions Hélène Colombotti
Composition musicale Marco Antonio Suarez Cifuentes
J'ai esquissé une écriture chorégraphique au début en partant de deux paramètres empruntés à la théorie de l'effort de Laban que sont l'espace direct et le passage du « on a tout le temps » au temps de l'urgence.
Je pars de debout en regardant très distinctement la musicienne et toutes les percussions qui l'entourent, en abaissant très lentement mon centre de gravité au niveau bas pour aller à 4 pattes.
Exemples de changements d'appui possibles :
Monter le petit orteil du pied droit connecté directement au lobe frontal droit
Passer à trois appuis, avec le bras droit qui indique une direction vers le haut, posé à l'oblique
Descente du centre de gravité sous le niveau de l'épaule
Fermeture de la coxo-fémorale droite reliée au lobe de l'oreille droite
Appui du bord externe du pouce du pied droit directement relié au coude gauche en trajet rectiligne
La joue droite est posée au sol pendant la montée de l'ischion gauche
En même temps que je nomme chaque objet qui constitue l'espace environnant (la poutre en bois, la charpente, le tapis de danse noir, les marques de pas au sol, la prise électrique, l'ampoule électrique, le sac rose fluo de la spectatrice blonde genoux croisés, ...), je me déplace lentement sur une ligne tracée en diagonale par rapport à la face public.
Des vibrations apparaissent dans le « on a tout le temps », repérables car segmentés, au genou droit, au poignet de la main gauche, à l'articulation de l'épaule gauche, par tension musculaire trop forte.
Dans la partition, je suis extrêmement guidée par le souffle passant entre les narines du nez. Dans mon déplacement, je considère l'espace comme des espaces sphériques à l'intérieur desquels je peux inscrire un cube, une pyramide. Et je passe sans cesse du plan horizontal au plan vertical par des changements de niveaux que j'inscris avec le regard.
J'accélère. J'accélère de plus en plus.
Les trente dernières secondes, après les trois sauts explosifs et une sortie de plateau, hors champ visuel du public, nous laissons résonner les dernières notes de composition musicale. C'est el « insulzo » (début de fadeur possible).
Dans la relation danse et musique, s'établit un jeu relationnel entre l'écriture d'une trame et la composition instantanée.
Partir d'un dispositif spatial en triangle en privilégiant la relation entre les trois protagonistes à partir de leurs matériaux sur quatre principes de temps :
on a tout le temps
on est dans l'urgence
on passe progressivement d'une urgence à un « on a tout le temps »
on a tout le temps et on est dans l'urgence (en même temps, du coup est-ce dans le même espace que cela se passe ?)
Le tout s'opère dans une esthétique minimaliste, à la limite du non sonore, à la limite du geste à peine perceptible. Comme pour éprouver la fadeur dans sa dimension plastique, temporelle ( : atmosphérique ?), politique, relationnelle, donc spatiale.
Proposer ce même dispositif avec le public au milieu du jeu triangulaire.
Créer, composer à partir du temps : « on est dans l'urgence » ou « on a tout le temps », suppose un travail préalable sur le souffle, l'adoption d'une technique respiratoire, qui sera aussi un appui fort pour chanter ou émettre des sons vibratoires en plus.
Ce que je trouve intéressant dans le trio, c'est la possibilité de redéfinir les liens potentiels entre :
une chorégraphe avec son corps pour instrument (et sa pensée de la danse en mouvement, recherchant la précision, la justesse des appuis, la relation qu'elle établit, les paramètres, avec l'espace, dont son espace intérieur)
un musicien avec son ou ses instruments comme des outils sonores sur lesquels se pose la danse, la relation, l'espace entre
un compositeur qui a la possibilité de modifier en direct le son produit par les éléments percussifs
Définition d'un 1 er niveau de relation par la relation spatiale :
Un triangle présent et un triangle virtuel matérialisé par l'ordinateur. Le son de la voix. Immersion dans le son des instruments et la spatialisation électronique dans un autre triangle en dehors du 1 er triangle
Second niveau de relation entre les sons et la gestuelle :
La danseuse se distancie des deux musiciens (on en revient à la 1 ère définition de l'espace : une distanciation possible entre plusieurs points), entre en contact (comme avec les molécules d'air), s'adresse à eux, s'appuie sur leur production sonore et/ou leur présence physique comme un support, va vers eux ou pas, se tourne par rapport à eux, tourne autour d'eux, s'oriente par rapport à eux.
Harmonisation fadeur # 2
pour deux danseurs et un musicien
A été joué le 28 septembre 08 à Montpellier Quartiers Libres
Chorégraphie Annabel GUEREDRAT
Clarinette Aurélien BESNARD
Interprétation danse Antoine CARLE, Annabel GUEREDRAT
La pièce est un éloge à l'extrême lenteur. Elle raconte l'espace entre un homme et une femme. Elle décrit le flottement entre ces deux êtres (le Rouge et le Noir s'épouseront-ils ?), et le lieu où ils tentent de s'inscrire et d'inscrire leur trace, sorte d'interstice, hymne à la fragilité, notre essence de verre.
Une recherche sur le « Moi peau »
Je veux écrire la pièce comme un trio qui s'évoque, s'esquisse, commence à se dévoiler quand il est déjà trop tard.
La forme dansée disparaît comme un évanouissement pour passer à une nouvelle évocation des deux corps en contact. Point de départ d'une recherche sur le « Moi peau », objet de perspective davantage que d'étude, qui garde ouverte une dimension d'inconnu essentielle à la création.
On peut vivre aveugle, sourd, privé de goût et d'odorat. Sans la peau, on ne survit pas. Elle comporte 50 pour 100 millimètres 2 de récepteurs. Elle maintient le corps autour du squelette et de sa verticalité ; elle protège contre les agressions extérieures ; elle capte et transmet les excitations ou les informations utiles. C'est peut-être là que l'animal dépasse l'homme en humanité.
Nous danserons à 14h30 puis à 15h50 près d'une fontaine rocheuse, en contre -bas du Peyrou. Avec les spectateurs, nous recherchons ici le rapport de proximité de par cette danse fragile parce qu'interprétée en plein air dans l'extrême lenteur.
Le bassin positionné à cet endroit là, est un possible lieu de carrefour et de jonction. Que des passants n'ayant pas forcément décidé de se rendre à Quartiers Libres, soient "détournés" de leur quotidien, le temps d'une danse. Cela fait aussi partie du projet.
Les corps sont livrés aux pulsations et aux vibrations de leur peau respective, en contact étroit, peau à peau et aussi avec l'air ambiant. Ils vont tous deux s'appuyer sur le milieu matériel dans lequel ils évolueront et épouser les propriétés de ce milieu. A travers deux corps qui ne vont plus faire qu'un, les danseurs vont perdent leur unité et leur histoire, en entrant progressivement dans une danse une, somnolente, comme en état de veille, subissant eux-mêmes une transformation dans leur rapport à l'histoire et à leur histoire.
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Harmonisation fadeur # 3
pour deux danseurs
A été joué le 18 octobre 08 au CMAC - Scène nationale de Fort de France, Martinique
Chorégraphie Annabel GUEREDRAT
Musique Bedeckh
Interprétation danse Antoine CARLE, Annabel GUEREDRAT
Lumière Méri EKOLA
Costumes COTELAC
Harmonisation fadeur # 4
pour trois danseuses, un dispositif vidéo et musique éléctro-accoustique.
A été joué le 20 décembre 08, dans le cadre de la 3ème Fenêtre sur cour, Royaumont, à Transforme.
Conception, direction, vidéo Annabel GUEREDRAT
Recherche et interprétation danse Christelle DRONNE, Clémentine MAUBON, Anne Laure PECOT
Musique Daniele GHISI
Interprétation contrebasse Nicolas CROSSE
Cette pièce explore une forme de détachement face à l'errance et s'attache à transcrire les trois saveurs (salé, acide, doux/sucré) de la papaye, qui mélangés, donnent la fadeur. Le dispositif est ainsi constitué de trois danseuses, un contrebassiste, une musique électroacoustique mixant sons et voix, des images vidéo, les unes filmées en direct, les autres préenregistrées sur le chantier de la place de la Savane à Fort de France. Ces différents éléments se répondent et convoquent chacun à leur façon la mémoire. La dimension dramatique de l'errance et le ballotement entre deux territoires sont tous soulignés à travers la composition musicale qui mêle quelques phrases de l'écrivain antillais Edouard Glissant, les éléments vocaux rappelant des chants immémoriaux et sacrés, des bruits d'eau, des sons urbains.
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