

photographe : Gérard Préget,
Atelier Yann Lheureux, Montpellier, mars 08
|
|
notre essence de verre
création soutenue par le Conseil Régional de la
Martinique et le Centre Chorégraphique National de Montpellier Languedoc Roussillon
Chorégraphie Annabel GUEREDRAT
Clarinette Aurélien BESNARD
Interprétations danse Sylvie KLINGER, Annabel GUEREDRAT, Mani MUNGAI, Ludwig DUFOUR, Alexandrie PASTOREL
Lire la presse
Le réel m'intéresse. C'est mon point de départ. La femme en prison. Suite à un atelier danse mené dans le quartier femmes de la prison de Nîmes en août 2006, je décide de porter à nu cette expérience d'un monde, celui de l'incarcération. Expérience à forte épaisseur, dont je me souviens comme si c'était hier. J'y veux laisser une empreinte de corps sur scène.
Après avoir nommé ce réel, je le déplace puis je le fais voir aux spectateurs comme à mes interprètes avec un nouvel œil. Je veux écrire la pièce comme plusieurs solos, de danse et de musique, qui s'évoquent, s'esquissent, commencent à se dévoiler quand il est déjà trop tard.
La forme disparaît comme un évanouissement pour passer à une nouvelle évocation : sorte de fragments de fragilité mis bout à bout. Les danseurs et le musicien, sur scène, renvoient à la condition de l'homme seul comme état et non plus comme figure de solitude.
Toute la danse se joue dans l'extrême lenteur. "Dire un corps. Où nul. Nul esprit. Ca au moins. Un lieu. Où nul. Pour le corps. Où être. Où bouger. D'où sortir. Où retourner. Non. Nulle sortie. Nul retour. Rien que là. Rester là. Là encore. Sans bouger." (Cap au pire, S. Beckett, 1982).
Dans la construction chorégraphique, ce n'est jamais le début ni la fin qui sont intéressants. Ce ne sont que des points. pour mieux mettre en exergue le milieu, la situation la plus inconfortable. Prendre les choses où elles poussent, par le milieu. Chaque pas, un absolu : risquer le déséquilibre dans l'extrême lenteur jusqu'au pas suivant où la "rupture" est à rejouer, sans cesse.
Quant au clarinettiste, il est un corps dans l'espace, apportant une parole sonorisée, le souffle répétitif évoquant le gong en méditation, qui est la parole du non - renoncement.
|