photographe : Gérard Préget

 

 

"¿Cómo se dice en Martinica "la arena de la playa"?"
duo dansé avec Javier Contreras et Annabel Guérédrat (en cours de création)

 

"Je voudrai parler de la solitude. Je crois qu'elle n'existe pas. Au contraire, c'est un sentiment artificiel, créé du dehors. Quand je suis écrasé par ce sentiment artificiel du dehors, c'est un état purement théâtral qui naît au moment où l'on sent être l'acteur de soi-même. Ce sont pendant ces moments hypocrites de solitude que je me sens renaître. C'est le paradoxe de la solitude : la sensation générale de confort que je ressens alors."

Faux mouvement, de WIM WENDERS, 1975

La pièce a été conçue sur le principe du dialogue entre Javier et moi, autour de la solitude (cliquer ici pour la version espagnole)

Javier : “Annabel et moi, nous nous sommes interrogés sur la cause de notre solitude. Pourquoi d'après toi, tu es seul ? J'ai répondu à Annabel que d'une part, c'était une forme de détermination, mon image de l'amour ne correspond pas au paradigme actuel de l'amour liquide. D'autre part, j'ai élu la solitude car à forcé de chercher un modèle amoureux, je ne suis pas vraiment à l'écoute de la personne qui est devant moi.

Annabel : “J'ai répondu à Javier que je suis seule depuis plus de 5 ans maintenant. Au début, ce n'était pas par choix et je l'ai réellement vécue comme une souffrance. Cinq ans après, j'aurai tendance à me conforter dans cette situation de solitude pour ne pas avoir à faire face à la réalité, voire à fuir la réalité de l'autre. Je n'ai pas de mal à rencontrer des partenaires potentiels mais lorsque la relation échoue, assez rapidement après le début de la rencontre, j'ai tendance à porter la faute sur le partenaire de passage : il n'était pas à la hauteur de mes espérances. Du coup je redeviens seule, par orgueil, par incapacité à me remettre réellement en question. En même temps je suis ambigüe car dès que je rencontre un homme, je me colle à lui comme une sangsue, sans prendre le temps de savoir qui il est, sans me poser la question s'il me correspond réellement. Je rentre dans un mécanisme qui me permet de l'accuser, qu'il ne me mérite pas parce qu'il a pris la fuite. »

Javier : “Puis nous nous sommes demandés si nous voulions finalement rester seuls où si nous désirions réellement rencontrer quelqu'un? Oui je désire rester seul parce que c'est commode. Non, je ne veux pas rester seul car j'en souffre. Je fais tout d'ailleurs pour ne pas rester seul. Mais je reste seul parce que ma stratégie d'effort éthique sur moi-même, de me convertir en une bonne personne, est en fait équivoque. L'éthique n'est pas un calcul.

Annabel : “J'ai répondu à Javier: bien-sûr que je souhaite rencontrer. Mais je cherche à contrôler la rencontre par peur de ne plus être seule, par manque de confiance en moi, de patience, d'écoute de l'autre. Du coup je rate peut-être, non sûrement, la réelle rencontre, qui est dans le non- contrôle, l'intention et beaucoup de lâcher-prise. »

Javier : “Puis nous nous sommes demandés: « que fais-tu pour créer la rencontre ?» Je pense avoir une grande capacité d'écoute, ce qui me permet d'aller à la rencontre de l'autre. Grâce à mes voyages à travers l'Amérique du Sud, je fais la promotion de ma propre personne. Le problème est que je demeure dans une grande demande et dépendance affectives. Ce qui fausse la rencontre au départ. J'ai décidé aujourd'hui de prendre mon temps, pour écouter l'autre, et non pour demander à l'autre, de remplir un vide émotionnel. »

Annabel : “Je m'exerce chaque matin, pour me rendre disponible, me montrer sous mon meilleur jour, pour séduire. Et le problème est que je confonds le rapport de séduction, avec celui de la réelle rencontre, celle qui peut devenir durable. Parce que je veux m'accaparer tout de suite de l'autre et je ne me donne pas assez de temps pour vraiment connaître l'autre, apprécier ses différences ou me rendre compte que nous sommes trop différents par exemple, donc que cela ne marchera pas. Plutôt que de foncer tête baissée, en pensant que j'ai rencontré l'homme de la vie, alors que c'est un homme parmi d'autres. »

Javier : “La dernière question que nous nous sommes posés a été quel type de rencontre cherchions-nous, et quel type de partenaire: je veux une relation de confiance et de transparence, à la fois complexe et en transformation. Je ne m'imagine pas de relation commode. Et je cherche quelqu'un qui m'assume comme je vais l'assumer ; une partenaire aussi qui assume les risques et les incertitudes de la relation amoureuse. Je cherche une relation pacifique mais qui ne soit pas médiocre. »

Annabel : “J'ai répondu à Javier que je recherchais une relation sans angoisse, calme, saupoudrée d'un peu de folie mais sans déséquilibre, rapport de forces; bref, une relation saine où règnent joie et respect mutuel. Je cherche un partenaire qui m'apprécie telle que je suis, sans chercher à me changer à sa propre image comme moi je ne chercherai pas à le changer à mon image. Aussi un partenaire qui s'engage dans la relation, avec qui je peux envisager sur le long terme un projet commun, je ne sais pas moi, dans les 10 prochaines années par exemple (rires). »


Javier Contreras, 52 ans, chorégraphe mexicain

Son parcours est labyrinthique. Il détient un baccalauréat en langues et littérature (UNAM), diplômé de l'Université du Centre d'études cinématographiques (UNAM), également en littérature d'Amérique latine (UNAM), réalisant des études au CICO et pour le Programme d'études juives de l'UIA.

Il a également suivi les ateliers de l'EICTV, de San Antonio de Los Banos, à Cuba. Il est le fondateur, co-directeur et chorégraphe de la compagnie de danse de projet interdisciplinaire Bara. Aujourd'hui a créé PRISMA, nouveau rdv d'échanges et de réflexions autour de la création contemporaine avec d'autres chorégraphes de l'Amérique du Sud et des Caraïbes. A également collaboré avec le Cirque Contemporain de Maurice Nava.

En qualité de chorégraphe et de danseur interprète, il s'est présenté dans les Forums du Mexique, de Cuba, d'Argentine, d'Uruguay, des Etats-Unis, d'Allemagne et de la République tchèque.

Il a publié plusieurs recueils de poèmes sous les titres : « Carnet de l'insomnie », « Les carnets de fumée » et « Carnet de Budapest ». Il est actuellement professeur de matières théoriques à l'ENDCC de l'INBA et collabore avec le « Cenidi Danse ». Il est membre du Réseau de danse « Red de l'Amérique du Sud » et pense profondément qu'un monde meilleur est encore possible.

Son dernier solo (Dialogues de Lima, au Pérou, 2008), s'intitule  Parce que je ne suis pas un danseur (autoportrait tout nu d'un chevalier seul sur le point d'avoir cinquante ans).

Aujourd'hui a créé PRISMA, nouveau rendez-vous d'échanges et de réflexions autour de la création contemporaine avec d'autres chorégraphes de l'Amérique du Sud et des Caraïbes, une réflexion qu'il mène avec nous autres, ses collègues chorégraphes, sur l'autonomie d'énonciation des propositions chorégraphiques contemporaines de nos pays respectifs.