photographe : Gérard Préget

 

 

Un solo qui ne va pas plaire à ma mère
avec le soutien logistique du CMAC Scène nationale de Fort de France et du CCN Montpellier-Mathilde Monnier (en cours de création)

chorégraphie et danse, Annabel GUEREDRAT
musiques, James BROWN, David BOWIE, BAJOFONDO

Dans ce solo, j'interroge mon identité caribéenne, de nationalité française. Alors que l'on désigne l'espace « Caraïbes en création » comme un espace en construction, je cherche dans ma danse à déconstruire l'identité « French Caribbean » pour donner à voir une identité non stabilisée, multiple, complexe, individuelle, établissant ainsi la nature politique du terme IDENTITE : cela renvoie-t-il à la nationalité, à l'origine, à la couleur de la peau, au lieu de naissance, à mon lieu actuel de domiciliation.

Et si j'étais née à Nouméa (sur une autre île, elle aussi française, de l'autre côté, côté Pacifique), de père noir et de mère blanche d'origine juive slave, tous deux martiniquais, métisse, sans domicile fixe, choisissant le nomadisme comme mode de vie, dotée d'un passeport européen ? Qui suis-je donc ? Qu'est-ce-que les autres projettent sur moi ? Un corps paysage ? Un pays ? Une île ? Des racines ? Une couleur ? Un type de danse ?

 

Un solo « performatif »

Je revendique ce solo de « performatif » pour désigner le caractère « dramatique » et contingent de la construction de la signification (corps signifié) entre son début, son milieu et sa fin.

Les gestes seront rapides ; le visage hyper-expressif par moments. Je m'appuierai surtout sur la dextérité des jambes pour danser, sur la tension / détente musculaire, mélangeant sans complexe les genres / techniques de danse, afin qu'on ne les reconnaisse plus. Ce sera un corps dansant impossible à « stigmatiser », « classifier », « catégoriser ».

 

En avant-première

Ce solo est la continuité d'« Intimidée ». C'était un premier solo performance créé le 10 mars 2009 dans le cadre des Hors-Lits 6 à Montpellier avec pour contraintes de devoir durer moins de 20' et de se jouer en appartement. Soient des conditions propices à une mise à nu (mise au net) avec moi-même, là où j'en étais dans mon rapport au plateau et à la danse, après l'expérience Transforme à la fondation Royaumont.

« Le timide et son corps - La racine même de la timidité est la dépendance du timide à l'égard du regard d'autrui. Le timide est dans l'illusion permanente d'être dépossédé de son corps par les yeux et la parole de l'autre. Lui-même a fait de son propre corps un corps objet, corps signifié ou encore corps - langage. Son propre corps a perdu sa spontanéité expressive en rompant le lien qui le rattachait aux corps des autres, le réduisant à la communication, à l'échange de significations conceptuelles (...)

Le désir de voir et d'être vu - Les désirs de faire voir notre corps peuvent motiver au moins partiellement, mais toujours aussi inconsciemment le choix d'un métier. C'est le cas de la danseuse qui expose avec complaisance son corps dans le jeu chorégraphique » in Le corps , Michel Bernard, 1995

 

Presse à propos des deux soirées Hors Lits de mars dernier dans plusieurs appartements en centre ville de Montpellier - Jean Marc Douillard - Danse à Montpellier - 12 mars 2009 (site sur le web)

« Sur le fond il n'y a pas grand chose à dire de ce " Hors-lit 6 ". En ce sens qu'il y a la même organisation que d'habitude et que la qualité des interprètes/chorégraphes choisis est indéniable. D'autre part, l'investissement de ces "producteurs de moments étranges" est total. De ce fait, il s'agit d'une soirée à conseiller.

Pour ma part, j'ai vu trois pièces et j'ai fait l'impasse sur celle de Léonardo ("le roi est mort") que j'imagine en rapport avec celle que j'ai vu à "Quartiers libres". Deux des pièces étaient assez formelles (leur contenu est une étude de forme !) La troisième était une bien plus grande prise de risque. Annabel Guérédrat se risque en effet dans son " Intimidée " à un solo auto... Auto-quoi ? Me direz-vous ? Autobiographique, auto-introspectif, auto-révélateur ? Oui, il y a de ça. Cela ressemblait à ces solos "fondamentaux" qui permettent à intervalles réguliers aux chorégraphes de se remettre en question. Le moment était donc important, à la fois pour la jeune femme et pour ses "amateurs". Dans notre compte-rendu de rencontre, nous avions suggéré qu'elle ne se mettait pas "à poil" ! C'était au figuré (quoique !).
Eh bien là, elle se met "à poil" au sens propre. Elle se livre. Elle se raconte à travers une succession de musiques où on la découvre africaine, yiddish, caribéenne... Bientôt américaine du nord ? Le solo se finit sur une chanson intitulée " Solitude ". C'est assez triste, bien que le solo ait été très agité. Moment remarquable et surtout important émotivement parlant. Cette jeune femme est à suivre, avions-nous dit. Il est clair qu'elle avance et que le conseil ne change pas. »

Le choix du nu

A la fin du solo, j'ai recours au corps nu car il est à lui seul une situation. Il est à la fois pris dans des significations culturelles externes contre lesquelles je ne peux rien ; en même temps il est pour moi une construction avec des traits distinctement sexualisés : je suis une femme. Enfin, il est une nécessité, une urgence du fait même de le poser là, sur scène, dénudé car je donne à voir son essence (ma transparence), son style : il est signifié - aussi par la parole puisque je le désigne comme « mon pays ».