photographe : Gérard Préget

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ecume
Pièce multimédia pour trois danseuses

avec l'aide du Conseil Régional de la Martinique, du Conseil Régional Languedoc Roussillon, du Conseil Général de la Martinique, du CCN Montpellier, de Culturesfrance

Conception et direction artistique Annabel GUEREDRAT
Musique Daniele GHISI
Images vidéo Thomas THURAR
Scénographie Keyvane ALINAGHI
Danse Marie URVOY, Sandra MOENS, Annabel GUEREDRAT

voir la vidéo sur Youtube

ECUME - La pièce en elle-même
Trois danseuses sont sur scène.

Ecume traite de la mélancolie, comme l'impossibilité de faire le deuil, une espérance à la fois toujours renaissante et sans fin déçue ; Parce que les trois danseuses vont obstinément chercher à refuser cet état mélancolique ; un refus sans cesse oublié mais sans cesse réaffirmé, elles seront prises dans la dialectique du renoncement et du ressaisissement.

La recherche dansée portera sur les 5 sens à travers : la peau, le fond de la bouche, les extrémités des pieds et des mains et le regard.

Les deux premières, chacune à leur tour, feront de tout, une occasion au mouvement ; où très vite apparaîtra à l'intérieur des corps une contradiction du geste, entre l'extrême lenteur (flux contrôlé de « on a tout le temps) et l'extrême rapidité (flux libre du temps de l'urgence). Le trouble dans les courants vitaux se traduira par une densification du geste en résolution vibratoire. Puis une série de chutes par le déséquilibre (l'équilibre précaire étant rejoué au pas suivant) pour laisser transe - paraître ce nouvel évidement sensible entre espace et temps.

La troisième danseuse marchera sur demi-pointes, extrêmement lentement, tout le long d'une diagonale depuis le fond de scène. Ce sera une danse en « état de veille », du presque rien, dans un corps alerte. Car à tout moment, la danseuse est capable de bondir, sauter, courir, se suspendre, rouler, chuter. Elle ne le fera jamais mais laissera transparaître cette urgence sur son visage, expression de sa vulnérabilité. Le visage, non pas en tant que forme plastique, plutôt comme la révélation de l'humain, dans sa misère et sa grandeur. Elle esquissera bien quelques gestes, livrée aux pulsations et aux vibrations de sa peau, stimulant ainsi l'altération du fluide nerveux. Ses gestes seront quasi-imperceptibles comme une immobilité virtuose qui passera par le compulsif.

Il ne s'agira pas pour les spectateurs de « contempler la pièce » comme un tableau. Du moins, j'aime à penser que les trois danseuses comme les spectateurs se laisseront peut être transformés, les uns, les autres, selon un principe de métamorphose et de subjectivation réciproques, en plus du dispositif vidéo.

Partition 1

Danseuse en fond de scène sur une ligne diagonale depuis le fond de scène (à cour) jusqu'à l'avant scène (à jardin)

Pour dégager la peau du visage, en particulier de l'écran frontal, la danseuse 1 s'est attachée à retrouver le goût doux/sucré dans ses papilles avant d'entamer la marche.

C'est une marche appelée SURIATCHI, d'origine japonaise appartenant au théâtre Nô du XIIème siècle. On l'appelle encore le « zen debout », à caractère méditatif.

Première particularité de cette marche : tous les pores de la peau (du dessus / du dessous) sont ouverts. La peau comporte 50 pour 100 millimètres 2 de récepteurs. Elle maintient le corps autour du squelette et de sa verticalité ; elle protège contre les agressions extérieures ; elle capte et transmet les excitations ou les informations utiles. C'est peut-être là que l'animal dépasse l'homme en humanité.

Seconde particularité de cette marche : elle s'exécute sur un rythme extrêmement lent. Ce qui accentue d'autant plus le déséquilibre permanent, par le transfert de poids d'un pied sur l'autre. Le pied de devant ne doit pas dépasser de plus de la moitié de l'autre pied. La voûte plantaire est strictement parallèle au plancher comme un glissé sur le sol en décollant la peau du dessous du pied d'un cm du sol. Les bras sont le long du corps. C'est une recherche sur la verticalité, le poids du petit bassin qui pend par le coccyx à la terre tandis que l'arrière de la boite crânienne est suspendu au plafond. En même temps, le début et la fin de chaque pas sont des points dans l'espace. Ce qui nous intéresse ici, c'est le milieu, le point de situation le + inconfortable, le + précaire. C'est-à-dire le point de déséquilibre. Il s'agira pour le danseur d'inventer les conditions de ce déséquilibre pour le rejouer au pas suivant.

Troisième particularité : la danseuse est en permanence guidée par le souffle qui passe uniquement par le triangle des narines du nez. A l'inspire il gonfle le ventre et à l'expire il resserre les basses côtes, de haut en bas et vice versa i.e. du fond du petit bassin, depuis les organes génitaux jusqu'aux lobes frontaux droit et gauche et au milieu des deux sourcils.

Quatrième particularité : la danseuse traverse des espaces internes (entre son coccyx et son occiput / trace une ligne verticale qui suit la chaine osseuse de la colonne vertébrale), a une conscience kinesphérique et par le regard posé à l'horizontal (ambiance frontale dans un total apaisement) se projette vers des espaces + lointains, au-delà du plateau.

NOTA BENE : La danseuse qui danse cette marche, sur demi-pointes par moments, est sur le fil ; elle représente finalement la poétique du temps


Partition 2

Danseuse milieu plateau sur une ligne diagonale depuis le fond de scène (à cour) jusqu'à l'avant scène (à jardin)

1 ère Improvisation d'extrême rapidité – Le flux est libre : c'est une attitude d'abandon au mouvement où la continuité du mouvement est acceptée, facilitée. Les initiations se font du torse pour se répandre vers les extrémités.

En spirale continue (1'30'') comme une toupie avec le souffle ou la voix chantée par la jouissance ou le plaisir de la danse qui se résout par une chute au sol à l'assise en 4 ème avant sur le coup de pied droit - les bras le long du corps et les jambes espacées de 30° - Main droite, doigts écartelés, paume de main posée au sol, main gauche détendue entre les deux jambes

Regard net de profil, yeux ouverts dans une orientation précise, micro-oscillations de la tête qui dit des « non ». De ces micromouvements cervicaux, basés sur atlas-axis, ces « non » donc vont devenir + intentionnels, seront espacés, irréguliers dans leur vitesse d'exécution et avec un regard fixe sur un spectateur à chaque face, choisi par la danseuse

Les micros oscillations de la tête se propagent dans le cou, sous les deux clavicules, dans les épaules et les coudes jusqu'aux poignets jusqu'à former des « picotements » articulaires dans toute la ceinture scapulaire. Puis la danseuse déplace ces picotements articulaires dans l'ensemble du corps et dans l'espace extérieur, en s'agenouillant d'abord pour ensuite se relever pour se mettre debout – continuer en crescendo en tournant sur place par des « non » intentionnels entrecoupés des picotements articulaires

Début de la partition dans l'extrême lenteur  (le flux y est contrôlé – c'est une attitude de rétention de la progression du mouvement – chaque point de trajet du mouvement est maîtrisé et les mouvements vont des extrémités vers le centre)

A la verticale : en remontant le dernier orteil du pied droit, la danseuse passe sur le côté gauche de tout le corps appuyé dans l'air, pendant que les deux bras montent à l'oblique avec les coudes repliés sous soi, accolés aux basses côtes. Elle monte l'avant du bras droit qui indique une direction vers le haut, à l'oblique. Pendant qu'elle ferme sa coxo-fémorale droite reliée au lobe de l'oreille droite, elle appuie le bord externe du pouce du pied droit directement relié au coude gauche en trajet rectiligne à l'horizontal – elle pose la joue droite dans l'air pendant qu'elle monte l'ischion gauche à la verticale. Elle ouvre la coxo-fémorale gauche reliée à l'annulaire de la main droite . Elle plie le genou droit et s'appuie sur le bord externe du pied gauche – le pied droit est complètement à plat posé au sol. Elle effectue une rotation de 180°, le pied droit traînant au sol par le bord externe jusqu'à arriver près du gauche

Interruption nette de la partition dans l'extrême lenteur par une 2 nde improvisation d'extrême rapidité en saccadé – arrêt net à la verticale

Elle entame une 1 ère vibration par le genou droit – chute à mi-hauteur – arrêt d'1s. –

Déclenchement de la 2 nde vibration par le fond de la mâchoire droite – chute au sol par le lobe frontal droit sur le flanc droit du corps – arrivée sur la joue droite : arrêt d'1 s.

Puis relai d'une 3 ème vibration par le coude droit – en micromouvements alertes qui me font chuter au sol – je continue des micro-rotations de type alerte, avec le relai du coude gauche – dernière vibration relayée par une 3 ème improvisation dans l'extrême rapidité au sol

Relayée par une nouvelle Improvisation d'extrême rapidité en saccadé à la verticale avec le souffle qui se résout par une chute au sol sur le dos - les bras le long du corps et les jambes espacées de 30°

Début de la danse par une seule inspire / expire profondes qui gonfle et dégonfle la région abdominale et se propage dans les étages respiratoires du diaphragme thoracique puis des clavicules puis répercussion progressive sur la zone sternale par à-coups qui provoque des roulements sur soi en flexion / extension puis une série d'expulsions en déplacement par l'arrière du dos entre les 2 omoplates

Ici la danseuse expérimente le goût acide par une suite incessante de roulades au sol sur soi autour du sternum jusqu'à une impulse du genou gauche qui la fait se retrouver à la verticale par un mouvement d'aspiration vers le haut

Retour à la verticale – arrêt d'1 s. - 1 ère vibration par le coude gauche

Chute au sol à l'arrière du coude gauche – arrêt net avec aussitôt un retour à la verticale

Dans l'extrême lenteur, elle entame une marche suriatchi par le pied droit, le corps dirigé en diagonale avant devant soi. Puis lorsqu'elle dépose le pied gauche, elle plie tout le tronc, du coccyx au sternum, l'oreille gauche espacée de 40° du coude gauche. Puis elle rabaisse le coude gauche jusqu'à mi-hauteur – mouvement extrêmement lent soudain interrompu par une 2 nde improvisation d'extrême rapidité en saccadé – arrêt net à la verticale en appui sur la jambe droite avec le talon gauche relevé et directement relié au lobe frontal droit

Dans l'extrême lenteur, reprise de la partition : la danseuse descend son centre de gravité de 20°, le talon gauche reste relevé à la verticale, appui sur les coussinets des orteils. Elle renverse tout le buste en arrière, tête incluse

Déclenchement de la 2 nde vibration par le genou droit – chute au sol par le genou droit – arrivée à mi-hauteur  bras pendants – arrêt d'1 s.

Déclenchement de la 3 ème vibration par l'épaule droite à l'avant en simultanée associée au coude et au poignet du même bras – chute au sol par l'arrière de l'épaule droite – relayée par une 3 ème improvisation dans l'extrême rapidité au sol

Jusqu'à un début de suffocation vocalisée sur le dos au sol, sorte de « souffle chanté » déclenché par des vibrations sternales et diaphragmales  sol jusqu'à un retour net à la verticale pour reprendre (en boucle) la 1 ère Improvisation d'extrême rapidité en spirale continue (1'30'') comme une toupie avec le souffle ou la voix chantée par la jouissance ou le plaisir de la danse

Partition 3

Danseuse avant plateau sur une ligne diagonale depuis le fond de scène (à cour) jusqu'à l'avant scène (à jardin)

Première Improvisation d'extrême rapidité – Le flux est libre : c'est une attitude d'abandon au mouvement où la continuité du mouvement est acceptée, facilitée. Les initiations se font du torse pour se répandre vers les extrémités.

En saccadé à la verticale avec le souffle qui se résout par une chute au sol sur le dos - les bras le long du corps et les jambes espacées de 30°

Début de la danse par une seule inspire / expire profondes qui gonfle et dégonfle la région abdominale et se propage dans les étages respiratoires du diaphragme thoracique puis des clavicules puis répercussion progressive sur la zone sternale par à-coups qui provoque des roulements sur soi en flexion / extension puis une série d'expulsions en déplacement par l'arrière du dos entre les 2 omoplates

Ici la danseuse expérimente le goût acide par une suite incessante de roulades au sol sur soi autour du sternum jusqu'à une impulse du genou gauche qui la fait se retrouver à la verticale par un mouvement d'aspiration vers le haut

Retour à la verticale – arrêt d'1 s. - 1 ère vibration par le coude gauche

Chute au sol à l'arrière du coude gauche – arrêt net avec aussitôt un retour à la verticale

Début de la partition dans l'extrême lenteur  (le flux y est contrôlé – c'est une attitude de rétention de la progression du mouvement – chaque point de trajet du mouvement est maîtrisé et les mouvements vont des extrémités vers le centre)

Elle entame une marche suriatchi par le pied droit, le corps dirigé en diagonale avant devant soi. Puis lorsqu'elle dépose le pied gauche, elle plie tout le tronc, du coccyx au sternum, l'oreille gauche espacée de 40° du coude gauche. Puis elle rabaisse le coude gauche jusqu'à mi-hauteur – mouvement extrêmement lent soudain interrompu par une 2 nde improvisation d'extrême rapidité en saccadé – arrêt net à la verticale en appui sur la jambe droite avec le talon gauche relevé et directement relié au lobe frontal droit

Dans l'extrême lenteur, reprise de la partition : la danseuse descend son centre de gravité de 20°, le talon gauche reste relevé à la verticale, appui sur les coussinets des orteils. Elle renverse tout le buste en arrière, tête incluse

Déclenchement de la 2 nde vibration par le genou droit – chute au sol par le genou droit – arrivée à mi-hauteur  – arrêt d'1 s.

Déclenchement de la 3 ème vibration par l'épaule droite à l'avant en simultanée associée au coude et au poignet du même bras – chute au sol par l'arrière de l'épaule droite – relayée par une 3 ème improvisation dans l'extrême rapidité au sol

Nouvelle Improvisation d'extrême rapidité en spirale continue (1'30'') comme une toupie à la verticale avec le souffle ou la voix chantée par la jouissance ou le plaisir de la danse qui se résout par une chute au sol à l'assise en 4 ème avant - les bras le long du corps et les jambes espacées de 30°

Main droite, doigts écartelés, paume de main posée au sol, main gauche détendue entre les deux jambes.

Regard net de profil, yeux ouverts dans une orientation précise, micro-oscillations de la tête qui dit des « non ». De ces micromouvements cervicaux, basés sur atlas-axis, ces « non » donc vont devenir + intentionnels, seront espacés, irréguliers dans leur vitesse d'exécution et avec un regard fixe sur un spectateur à chaque face, choisi par la danseuse.

Les micros oscillations de la tête se propagent dans le cou, sous les deux clavicules, dans les épaules et les coudes jusqu'aux poignets jusqu'à former des « picotements » articulaires dans toute la ceinture scapulaire. Puis la danseuse déplace ces picotements articulaires dans l'ensemble du corps et dans l'espace extérieur, en s'agenouillant d'abord pour ensuite se relever pour se mettre debout

Début de la partition dans l'extrême lenteur à la verticale : en remontant le dernier orteil du pied droit, la danseuse passe sur le côté gauche de tout le corps appuyé dans l'air, pendant que les deux bras montent à l'oblique avec les coudes repliés sous soi, accolés aux basses côtes. Elle monte l'avant du bras droit qui indique une direction vers le haut, à l'oblique. Pendant qu'elle ferme sa coxo-fémorale droite reliée au lobe de l'oreille droite, elle appuie le bord externe du pouce du pied droit directement relié au coude gauche en trajet rectiligne à l'horizontal – elle pose la joue droite dans l'air pendant qu'elle monte l'ischion gauche à la verticale. Elle ouvre la coxo-fémorale gauche reliée à l'annulaire de la main droite

Elle plie le genou droit et s'appuie sur le bord externe du pied gauche – le pied droit est complètement à plat posé au sol. Elle effectue une rotation de 180°, le pied droit traînant au sol par le bord externe jusqu'à arriver près du gauche.

Interruption nette de la partition dans l'extrême lenteur par une 2 nde improvisation d'extrême rapidité en saccadé – arrêt net à la verticale

Elle entame une 1 ère vibration par le genou droit – chute à mi-hauteur – arrêt d'1s. –

Déclenchement de la 2 nde vibration par le fond de la mâchoire droite – chute au sol par le lobe frontal droit sur le flanc droit du corps – arrivée sur la joue droite : arrêt d'1 s.

Puis relai d'une 3 ème vibration par le coude droit – en micromouvements alertes qui me font chuter au sol – je continue des micro-rotations de type alerte, avec le relai du coude gauche – dernière vibration relayée par une 3ème improvisation dans l'extrême rapidité au sol

(cliquer ici pour lire la biographie de l'artiste associé à la création "ECUME" : Daniele Ghisi, compositeur)