photographe : Elodie Dupuis

 

 

Intimidée#2 (20’)

Annabel Guérédrat, chorégraphe - interprète ( Martinique )

« Le timide et son corps – La racine même de la timidité est la dépendance du timide à l’égard du regard d’autrui. Le timide est dans l’illusion permanente d’être dépossédé de son corps par les yeux et la parole de l’autre. Lui-même a fait de son propre corps un corps objet, corps signifié ou encore corps – langage. Son propre corps a perdu sa spontanéité expressive en rompant le lien qui le rattachait aux corps des autres, le réduisant à la communication, à l’échange de significations conceptuelles (…) in Le corps, Michel Bernard, 1995


Le choix de l’espace de la performance

Les conditions d’espaces sont particulières, dans un contexte de non danseurs, où la danse n’est pas a priori (attendue), où le corps n’est pas (a priori) exposé, où l’œuvre est l’artiste lui-même. Dans un espace blanc, celui où le peintre va exposer ses toiles, espace blanc, a priori « neutre ».

Le choix de performer

C’est performatif parce que j’insiste sur le caractère « dramatique » et contingent de la construction du corps signifié entre son début, son milieu et sa fin. Mes gestes de danseuse sont rapides ; le visage hyper-expressif par moments. Je m’appuie et sur la dextérité des jambes pour danser, et sur la tension / détente musculaire, mélangeant sans complexe les genres / techniques de danse (butoh, contemporain, jazz, afro-brésilien, afin qu’on ne les reconnaisse plus. C’est un corps dansant impossible à « stigmatiser », « classifier », « catégoriser ». S’il y a une résolution possible, je dirai que mon corps (dansant) est mon pays, en passant par une sorte une géotranse/danse. Réf. http://www.artincidence.org/accueil.html (vidéo 4)

Le choix du nu

A un moment, j’ai recours au corps nu car il est à lui seul une situation. J’y questionne mon corps qui lui est vu, regardé, exposé ; il n’est pas neutre, il est accoutré, costumé, habillé, qui se déshabille au fur et à mesure, strip tease mesuré, contrôlé, enlever (se défaire) les couches de l’oignon pour se mettre à « nu ». Il est à la fois pris dans des significations culturelles externes contre lesquelles je ne peux rien ; en même temps il est pour moi une construction avec des traits distinctement sexualisés et métissés : je suis une femme noire.
« Me mettre à nu », pour moi, c’est prendre le risque de jouer avec mes cordes vocales, la sorte de vocalises, invocations, interpellations à partir d’un texte écrit à Cuba, le dire en français / créole, d’être là où on ne m’attend pas.

Le choix du texte

« Attention je suis maintenant je suis actuellement arriver à sa mémoire arriver pourtant arriver c'est maintenant je suis arrivée ha c'est ça là tu es ici dans l'urgence ici arriver je suis arrivée fille jeu garçon je suis arrivée à ta façon place placement erreur de là"

Tansion (corp)mwen atyelman rivé mwen soti (sa) rivé an fondok lanmémwa'y rivé (poutan) rivé mwen rivé ha sé ça isi'a an kouri vini isi'a rivé mwen rivé en ti fille jé gason mwen rivé an manyè'w plas plasman lérè isi’ a

Le choix d’une insistance

Intimidée #2 est un solo issu de « Intimidée », réalisé en appartement en mars 2009. Je me greffe sur différents événementiels pour faire évoluer la matière du solo, aller plus loin dans l’ancrage du personnage, puiser davantage et prendre de nouveaux risques avec de nouveaux spectateurs.

Réf. Article presse à propos des deux soirées Hors Lits dans plusieurs appartements en centre ville de Montpellier - Jean Marc Douillard – Danse à Montpellier – 12 mars 2009.